BIOGRAPHIE

Arrivé à New York en 1991, le peintre français Rolf Saint-Agnès va s'y établir pendant 10 ans. Installé à Soho, quartier irrigué par un fleuve de peinture, il y respire le même air que Roy Lichtenstein et Andy Warhol. Autant dire qu'à ses débuts sa peinture adoptera une facture pop art. Avec un cocktail d'ironie et de tendresse, il va croquer sa ville d'adoption sous tous les aspects. Son humour corrosif n'a pas d'égal pour saisir les travers d'une société secouée par la fièvre de la consommation.

Conjointement, l'épidémie de sida exerce ses ravages sur New York. Saint-Agnès propose au Département de la santé de la ville d'illustrer une campagne sur la prévention du fléau. Aux yeux du jeune Français le message transmis doit être optimiste. Dans tout New York, circuleront par dizaines de milliers ses cartes postales où deux gentils préservatifs s'enlacent joyeusement. La campagne connaîtra des échos jusqu'à l'étranger et en France, Paris Match consacrera une page à l'action de Rolf.

Mais d'autres préoccupations vont accaparer l'esprit du jeune artiste. Il se passionne pour les problèmes d'environnement. Cette nouvelle option coïncide avec un revirement dans son inspiration artistique. Désormais elle se veut résolument surréaliste. Rolf va provisoirement tirer un trait sur la vie new-yorkaise et ses occupations futiles. Au volant de son 4X4, il traverse les Etats-Unis et, au nord de la Californie dans la forêt nationale de Mendocino, s'installe dans une cabane en bois dépourvue d'électricité. Ours, serpents à sonnette et cougars, les seuls habitants du coin ne troublent guère sa concentration artistique. Cette méditation active s'étendra sur une année.

Au terme de son long séjour aux Etats Unis, Rolf Saint-Agnès peut dresser un bilan positif de son activité artistique. A New York, Mecque de l’art contemporain, il s’est taillé une notoriété non négligeable compte tenu de sa jeunesse. Les expositions de ses œuvres sont remarquées. Cela va de la Galerie One à Soho à une exposition patronnée par Japan Airlines à l’aéroport J.F.K. en passant par Jacob Trapp Gallery à Summit (New Jersey), 450 Broadway Gallery, Art Expo au Jacob Javits Center, sans oublier les expositions faites en qualité de peintre militant contre le sida au New York Health Department, à la Fondation Arthur Ashe et DIFFA New York. On retiendra également que le New Englands Museum of Contemporary Art a sélectionnée l’un de ses dessins pour sa collection permanente. Il orne de fresques plusieurs restaurants et collèges à New York et en Floride et réalise des couvertures pour la presse périodique. Dans ces conditions, Rolf Saint-Agnès se constitue un noyau fidèle de clients américains. Tel sera également le cas de la Suède où il fait plusieurs expositions à la Galerie Alex Wiberg à Stockholm et fut sélectionné pour participer au Stockhom’s Art Fair.

En 2000, Rolf Saint-Agnès va regagner la France. Très vite, il se lassera du tumulte parisien. Dans la capitale, ses toiles seront cependant exposées à la Galerie S21 Olivier Haligon, puis chez Sabine, Photographic Management, et en province, à l’Epi plage à Ramatuelle. Depuis quatre ans, il s’est installé avec sa femme et ses enfants dans une petite commune du Tarn frontalière de la Haute Garonne. Ce faisant, il a renoué avec ses racines car si Rolf Saint-Agnès naquit à Paris d’une mère suédoise, un séculaire ancrage paternel annonce la Gascogne.

Dans son atelier ouvrant sur les collines ocrées du Midi, Rolf Saint-Agnès a connu une profonde évolution tant au niveau de son inspiration qu’à celui de son expression artistique. La pointilleuse minutie de ses débuts a été jetée aux orties. Faisant voler les barrières en éclats, sa peinture semble sourdre du plus profond de lui-même. Sans doute émane-t-elle du Hara ventral où les Japonais situent la source de la vie. Toutes couleurs envoyées, son œuvre dégage un caractère éminemment physique. Les sensations lumineuses captivent sensibilité et imagination. Alors que remué au plus profond de lui-même, le visiteur contemple les tableaux de Rolf Saint-Agnès, ceux-ci lui rendent la politesse et le scrutent jusqu’aux abysses de l’inconscient.

TERRE À PIE

Outre la peinture de ses tableaux, l’artiste cultive souvent un jardin secret. Au sein d’un tel pays de Cocagne, meublé d’objets ailleurs introuvables, deux et deux ne font pas forcément quatre. Le gros bon sens y est toujours mis K.O. par la réalité fantastique et le subconscient peut s’y épancher sans entraves. Faire l’école buissonnière en ces lieux revient à suivre une roborative thérapie.

En nous présentant sa « terre à pie », Rolf Saint-Agnès ne se contente pas de donner des vacances au vocabulaire mais revient à l’approche surréaliste qu’il eut à ses débuts. A ses yeux, tout comme un sol est constitué de strates superposées, l’existence de l’être se construit à partir des sédiments successifs déposés par l’âge et l’expérience. Dans une terre à pis bien construite, cet empilement de couches s’opère dans le bon ordre et sans bouleversements. Une telle harmonie ne saurait mieux être illustrée que par la vache. Avec une semblable perception de l’espèce bovine, on peut subodorer que Rolf Saint-Agnès se rapproche davantage de l’hindouisme que de l’imprécation de type militaire. Ainsi privilégiera-t-il donc la vache sacrée et laissera la sacrée vache au garde à vous à la caserne.

Certes, le visiteur sera frappé par l’absence de l’animal dans les représentations exposées. La raison en est que cette présence eut été superfétatoire car qui dit pis sous entend vache. A partir de cette constatation, faire figurer la porteuse de pis dans les scènes revenait à rétrograder vers l’art pléonastique. Attribut noble de la vache, le pis à lait n’a donc rien d’un pis aller.

Implicitement, les paysages que nous découvrons remettent en mémoire le fait que Rolf Saint-Agnès séjourna une décennie dans cette terre à psys qu’est New York. En une ville que l’on baptise aussi « Big Apple », le pis Freudien se distingue par la multiplication de ses trayons. Certains donnent du lait en abondance, d’autres restent stériles parce que totalement bidons. Car, société marchande oblige et afin de paraphraser Raymond Queneau, de nombreux thérapeutes voient essentiellement dans l’exercice de leur art « le pis principale de la mamelle de leurs revenus ». Dans une hypothèse de cet ordre, le patient encourt le risque d’aller de mal en pis.